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Stéphane Houdet met un coup de pied dans la fourmilière diversité

Figure du handi-tennis, Stéphane Houdet a tout gagné ou presque. Porte-drapeau aux derniers jeux paralympiques (Tokyo 2021), l’athlète défend une vision de l’inclusion que l’on entend peu. 

Sandrine Martinet et Stéphane Houdet AFP / Christophe ARCHAMBAULT

La vie est faite de beaux moments, d’autres moins chantants et puis il y a des dates fondatrices, du genre à faire basculer toute une existence.

Dans la vie de Stéphane Houdet, 1996 est de celles-ci. Cette année-là, celui qui est alors vétérinaire fait un tour des capitales européennes à moto.

Un accident – une voiture le renverse – lui fait perdre l’usage de l’une de ses jambes.

Cet handicap, Stéphane Houdet en a fait une force. Dans un premier temps, il devient golfeur, avec un certain talent. Aux débuts des années 2000, Stéphane Houdet est au plus haut niveau dans la catégorie handisport. Numéro 1 au golf en Europe, il se met pourtant au tennis.

Pour ce fan de raquette depuis tout petit et qui fut un bon joueur de cette discipline avant son accident, le déclic a un nom : Yohan Cruyff.

Le célèbre et très talentueux footballeur néerlandais fut directeur d’une fondation pour soutenir les programmes sportifs pour les enfants ayant un handicap. C’est lui qui conseille à S.Houdet de se mettre au tennis. 

« J’ai eu plusieurs révélations ce jour-là. J’ai d’abord compris que si le handi tennis se jouait assis, cela ne voulait pas dire que le joueur était lui-même toujours en fauteuil dans sa vie de tous les jours. J’ai également compris en regardant les autres joueurs qu’avec mon niveau, j’avais la capacité de les battre. Je n’avais en revanche pas pris en compte la difficulté à se mouvoir pour jouer.

Cette difficulté, Stéphane Houdet l’appréhende avec son entraîneur Benoît Vergnaud. C’est avec lui que le tout nouveau joueur de handi tennis débutera son ascension.

Il était prof de tennis avec une formation d’ostéopathe et de préparateur physique. Très bon en rollers, il s’est appuyé sur cette technique pour apprendre les gestes en fauteuil. Nous avions un défi : être aux Jeux olympiques de Pékin en 2008.

A Pékin, Stéphane Houdet décroche la médaille d’or en double messieurs avec Mickaël Jeremiasz. L’athlète part ensuite vivre à Paris. Dès lors celui qui avait conservé une carrière professionnelle à côté de sa vie sportive se consacre entièrement au handi tennis.

Miroir mon beau miroir

 

Classé dans le top 3 mondial, celui qui devient porte-drapeau des derniers Jeux paralympiques (Tokyo 2021) voit le regard des gens changer sur lui. « Après Tokyo, il y a une bascule, la cote de popularité a changé ». Cette bascule, où le regard change, Stéphane Houdet l’a déjà vécu une première fois, lorsque en 1996, son accident le prive de l’usage de sa jambe gauche, une seconde fois en 2004, lorsqu’il se fait amputer.

Mais le changement de perception qu’un individu a sur un autre tiendrait avant tout au regard que l’on porte sur soi-même : 

La modification du corps est une modification de l’image de soi et de l’estime que l’on pense que l’autre pourrait porter sur soi. Quand le corps se modifie, l’estime de soi, l’amour de soi se reconstruit petit à petit. Au début, on pense que le regard des gens change, mais en réalité, c’est un effet miroir, c’est le regard que l’on a sur soi. Le regard positif que l’on a sur soi amène l’autre à porter sur nous ce regard-là.

L’inclusion, la vraie !

 

Vétérinaire de formation, attaché commercial pour une société informatique, puis golfeur et enfin tennisman, Stéphane Houdet a eu plusieurs vies. Et certainement une prochaine.

Car celui qui peut se targuer d’un impressionnant palmarès (4 titres du Grand Chelem en simple – 19 en double), ne se consacre pas au handi-tennis seulement sur les courts. 

Son expérience, il entend également l’utiliser pour démocratiser une définition de l’inclusion encore trop peu entendue. 

 

Lorsque l’on évoque le thème de l’inclusion, on parle de Jeux olympiques et paralympiques, avec des catégories rigides. Toi tu es trop valide, toi il te manque une main, chaque groupe veut être représenté, mais ce n’est pas ça l’inclusion. L’inclusion, c’est le vivre ensemble, c’est jouer ensemble pour se rassembler. Le sport a toujours été un puissant vecteur de communication dans la société. Il y a les Jeux paralympiques, les jeux olympiques, les Gay Games. Tout ceci c’est très bien, mais ce n’est pas suffisant. Il faudrait en réalité réellement unir les gens. Quand vous êtes dans un aéroport et que vous souhaitez vous rendre aux toilettes, des espaces pour handicapés existent, mais c’est une mauvaise réponse à la répartition de l’espace. Aux Etats-Unis, les Américains ont fait tout l’inverse. Il n’y a pas de démarcation claire, mais un grand espace pour tous, on peut y aller avec un enfant, un fauteuil roulant… Les espaces handi sont des lieux isolants, où l’on est seul face à son miroir à l’inverse d’espace pensés pour tous qui donnent la possibilité de réels échanges

Une réflexion qui pose question. Qu’est-ce que l’inclusion ? Faire reconnaître les particularités de chacun, en tout lieu et sur tous les sujets, mais chacun de son côté ? Faire dialoguer toutes les composantes de la société dans un grand pot commun ?

 

Et vous comment percevez-vous l’inclusion ? 

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