Retour vers le futurRetour vers les futurs : fluidité des genres, oui, mais encore ?

Retour vers les futurs : fluidité des genres, oui, mais encore ?

Fluidité des genres, binarité, non-binarité, masculin, féminin, les termes qui questionnent le genre ou le remettent en cause prennent une place de plus en plus importante dans la société. Abolir les frontières du genre n’est pourtant pas un questionnement récent. Le danseur et mannequin Raphaël Say est bien placé pour le savoir. Avec cet artiste reconnu pour défier les stéréotypes de genre, on a parlé de ce thème sur lequel il porte un regard qui se joue des étiquettes, mais pas forcément celles que l’on croit.

 

Récit en cinq actes.

Acte I :

 

Sud de la France – Toulouse, années 2000. Un petit garçon qui danse, un ado qui se maquille. Dans une société moulée par des décennies de représentations genrées à l’œuvre dès l’enfance, des voix émergent avec sérénité :

« J’ai grandi dans une famille qui a toujours été très libre, et m’a toujours soutenu dans mes choix. Quand j’ai voulu faire de la danse, ma mère m’a expliqué que le regard porté sur un garçon qui voulait danser serait dur et pourquoi il le serait. Car pour elle, les réflexions négatives auxquelles je pouvais être confronté étaient dues à la frustration. Les enfants peuvent être méchants entre eux, mais un enfant méchant est surtout un enfant en détresse, mal dans sa peau et qui ne comprend pas pourquoi il a face à lui quelqu’un qui se sent bien alors que lui ne l’est pas. Cette vision des choses m’a donné la force de toujours assumer qui j’étais. Je me maquillais au lycée, j’étais le seul garçon à le faire, mais j’étais peu critiqué pour ça parce que je m’assumais à fond. »

Acte II :

 

C’est quoi un homme ?

« Ne pas montrer ses sentiments, ne pas être homo, ne pas se maquiller, cette masculinité archaïque, il faut en sortir. Je suis un homme et je suis 100 pourcent à l’aise avec mon genre, avec ma masculinité et ma féminité sans pour autant être un étendard. Aujourd’hui, il faut constamment que chacun porte son étiquette, je suis une femme, je suis un homme, je suis non-binaire. Quand je mets une robe, je n’affiche pas de genre, je ne me dis pas, ah j’ai mis une robe pour parler à des catégories spécifiques, je parle à tout le monde. Nous avons en France du retard sur ces questions et un besoin de catégoriser à l’extrême, de faire des groupes. Il y a une mode à ce sujet, mais en réalité, cela ne regarde personne. »

Acte III :

 

La mode la mode, la mode…et le pragmatisme

Dans les années 20, Coco Chanel contribuait à l’émergence à Paris du look garçonne. Des bourgeoises aux ouvrières, cette mode pénètre tous les milieux avec plus ou moins d’intensité. Le vestiaire féminin prend des accents masculins et impose aussi une certaine vision du corps des femmes – mais ça nous y reviendront dans un autre Retour vers les futurs – Bref, revenons à nos moutons, 100 ans après et une bonne tonne de marketing  plus tard, les frontières du genre dans la mode sont un incontournable des marques. Les géants de la fast-fashion proposent des collections non genrés pour adultes et aussi pour enfants à l’image de Cyrillus (avec une collection) ou Hema (qui ne différencie plus les rayons filles – garçons).

« Cela fait partie de l’identité de certaines marques qui ont toujours fait ça. De grands créateurs comme Jean-Paul Gaultier ou Thierry Mugler y ont contribué par exemple. D’autres prennent la vague aujourd’hui, car elles savent qu’elles doivent être inclusives. On peut le déplorer et se dire que les marques ne le font qu’à des fins commerciales. Il y effectivement un côté marketing, mais de l’autre côté cela permet à des gens différents de s’exprimer et c’est positif. »

Acte IV :

 

Pédagogie vs culture du clash 

« Les gens tripent quand ils voient des clashs sur les réseaux sociaux. Le débat est construit autour de ça, mais si tout devait se régler ainsi, ça finirait en guerre civile. Quand je vois une oeuvre artistique avec laquelle je ne suis pas en adéquation ou que tout simplement, je ne comprends pas, je cherche au préalable à comprendre ce qui me dérange pour ensuite développer ma propre idée, ma propre vison du sujet. Nous n’avons pas besoin d’être dans la confrontation violente quand nous ne connaissons pas ou ne comprenons pas un sujet. Certaines notions peuvent paraître nouvelles, mais il faut éduquer les gens, expliquer calmement, taper sur les doigts d’une personne parce qu’elle ne comprend pas certaines choses, parce qu’elle a utilisé un mot et pas un autre est contre-productif. Je sais par exemple qu’un sujet comme la masculinité non toxique n’est pas forcément compréhensible pour tout le monde. Sur les réseaux sociaux, j’essaie de faire de la pédagogie. Sur les questions de genre, sur les stéréotypes archaïques, sur la masculinité non toxique, mon but est de faire comprendre ces sujets à la majorité, peu importe la communauté, l’orientation, le genre, la religion ou le milieu social»

Acte V :

 

Et après ?

 

« De plus en plus de gens prennent la parole sur ces sujets, les choses avancent. Aujourd’hui, un gamin peut se dire : ‘je suis comme ça et je peux m’identifier à telle ou telle personne’. Nous sommes au début de quelque chose. »

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